Pierre-Yves Maillard · SP
Comme l'a compté notre collègue Friedli - j'avais aussi fait ce décompte pendant une autre session -, on doit probablement être à plus d'une vingtaine de motions et d'interventions parlementaires concernant l'asile en moins d'un an. On vient même maintenant d'adopter une motion pour dire au Conseil fédéral dans quel ordre il doit traiter les motions ; c'est ce qu'on vient de faire avec la motion de M. Würth. Chères et chers collègues, ce que l'on est en train d'essayer de faire, c'est simplement de la cogestion. On voit maintenant des motions porter sur les contacts que doit prendre le Conseil fédéral avec quel pays. On l'encourage à négocier, alors qu'en principe, une motion vise à changer une base légale. On commence à vouloir faire du pilotage automatique du Conseil fédéral pour savoir avec qui il doit discuter et comment il doit négocier. S'il le fait, mais qu'il n'a pas de résultat, on vient lui faire des commentaires un peu faciles, pour dire qu'il y met de la mauvaise volonté.
Je pense que notre Parlement, sur ce thème, perd un peu ses repères. Il perd un peu même parfois la décence politique de base, qui consiste à respecter la séparation des pouvoirs et à respecter le travail des autres. Si c'était tellement facile, il y aurait une concurrence débordante pour entrer au Conseil fédéral. On a eu, lors d'une vacance récente, une liste de renoncements à la candidature qui était quand même assez spectaculaire. Manifestement, ce rôle n'attire pas exagérément, y compris les membres de ce Parlement. Si c'était si facile, il y aurait une concurrence féroce pour prendre ce département lors de la répartition des départements. Or, comme le on sait, les groupes qui déposent des motions à peu près lors de toutes les sessions ne sont pas pressés de prendre la responsabilité exécutive de ce dossier. Je trouve donc qu'il y a beaucoup d'hypocrisie dans ce dossier, et parfois même un petit peu de facilité à critiquer toujours celles et ceux qui essayent de faire des choses.
La réalité pragmatique, c'est que le nombre de demandes d'asile baisse, c'est que le nombre de renvois augmente, c'est que le nombre de cas pendants se réduit, comme nous l'explique à longueur de session le conseiller fédéral. Certains peuvent se désoler de cela. Je trouve que c'est plutôt le résultat d'un travail qui est fait par l'exécutif. On est un certain nombre dans ce conseil à avoir été membres d'un exécutif. On sait que la critique est facile, mais que l'art est difficile.
En raison de ce bon vieux principe, je vous invite à rejeter cette motion, qui me paraît enfoncer des portes ouvertes. À part cela, les réponses du Conseil fédéral sont éloquentes : si l'Italie ne reprend pas ses ressortissants, elle ne va pas davantage les reprendre si on les met en Albanie. Cela me semble être assez clairement expliqué dans l'avis du Conseil fédéral, donc je ne vois pas ce que cette proposition amènerait concrètement. Je vous remercie donc de rejeter cette proposition. Je ne répéterai pas la même chose tout à l'heure sur les autres motions, mais mon avis est le même.