François Monin · Le Centre
M. François Monin (Le Centre) : En début de législature, le Gouvernement présentait un programme ambitieux destiné à fixer un cap clair pour les cinq années à venir. Ce programme se voulait porteur d’une vision forte pour notre canton, tout en laissant la place à l’adaptation face à un environnement en constante évolution. Force est de constater que cette législature aura été profondément marquée par une succession de crises majeures, sanitaires avec la COVID, énergétiques avec les peurs de black-out, géopolitiques pour les raisons que vous connaissez et économiques récemment. Ces dernières ont fortement influencé l’action de l’Etat et redéfini parfois dans l’urgence certaines priorités. Dans ce contexte exigeant, le rapport de législature qui nous est soumis permet de mesurer le chemin parcouru. Le groupe du Centre tient à remercier le Gouvernement ainsi que l’ensemble de l’administration cantonale pour le travail accompli et pour l’engagement démontré durant ces années particulièrement éprouvantes.
Le fonctionnement de l’Etat a été assuré, les prestations essentielles maintenues et de nombreux projets ont pu être menés malgré les contraintes. Comme à chaque fin de législature, nous ne souhaitons pas entrer dans une analyse détaillée de chacune des mesures annoncées. Nous préférons relever quelques points saillants qui, à nos yeux, caractérisent cette fin de législature, et cette législature-ci. Comme cela a été dit, l’un des événements majeurs reste sans doute l’accueil prochain de la Ville de Moutier. Ce dossier historique a mobilisé des ressources considérables et exigé rigueur, persévérance et sens des responsabilités. Si le calendrier initialement envisagé n’a pu être respecté, notamment en raison de procédures de vote indépendantes de notre volonté cantonale, l’essentiel est aujourd’hui assuré. L’arrivée de Moutier dans la maison jurassienne au 1er janvier est garantie, ces changements clairement définis avec en prime des élus et des représentants de Moutier validés par le peuple jurassien et notamment celui d’un district transitoire que forme cette ville. Cerise sur le gâteau, la solution d’hier concernant la rétrocession du manque à gagner de la péréquation financière, à hauteur de 65 millions, panse les plaies de celles et ceux qui n’y voyaient qu’une opération financière coûteuse. Le groupe du Centre s’en réjouit et restera attentif à ce que cette intégration se fasse dans un esprit d’équilibre et de cohésion cantonale.
Sur le plan des finances publiques, cette législature a rappelé avec force l’importance de disposer de finances maîtrisées et saines. Le Plan équilibre 22-26 a constitué une étape importante nécessaire pour faire face à un déficit structurel important. Les efforts consentis ont permis de poser les bases d’un retour progressif à l’équilibre. Toutefois, chacun en conviendra, cet équilibre demeure fragile et les défis futurs avec les épées de Damoclès qui sont aujourd’hui réalisées, que constituent notamment EFAS, l’abolition de la valeur locative ou la conjoncture en berne, nous mettent au défi, tout comme le Gouvernement pour les prochaines années. La consolidation durable des finances cantonales restera donc un enjeu central pour les années à venir et elle passera indéniablement par une responsabilité collective et un esprit de travail serein retrouvé entre Législatif et Exécutif.
S’agissant de la modernisation de l’Etat, des petites avancées ont été réalisées, notamment en matière de numérisation et de transformation des processus. Le groupe du Centre salue ces progrès, même s’il souhaite qu’ils aillent plus vite et soient corrélés surtout au dégagement de temps et de ressources financières afin de sortir de l’ornière. Nous constatons que les effets concrets de ces démarches, en particulier en termes de simplification des structures et de gains d’efficience mesurables, doivent devenir tangibles dès la prochaine législature, sans quoi notre capacité d’investissement restera, elle, insuffisante. Les charges structurelles resteraient alors, comme aujourd’hui, trop élevées et le temps à disposition d’administration limité, ne permettant notamment pas de mener à bien et de suivre les projets des dossiers nécessitant des investissements.
Les défis démographiques et économiques restent également bien présents. Notre population vieillit et malgré les efforts réels pour renforcer l’attractivité du canton, notamment en matière de cadre de vie, il demeure difficile de revenir ou de faire revenir durablement nos jeunes chez nous une fois leur formation achevée. La création d’emplois qualifiés, la diversification économique et des conditions cadres attractives doivent donc rester des priorités constantes.
Si les soubresauts d’implantation et de promotion de l’innovation industrielle et économique, de l’établissement d’antennes universitaires ou encore du récent projet d’un nouvel hôpital sont des signaux encourageants pour le futur, il reste trop peu nombreux pour voir les lignes démographiques, elles, bouger. Les validations institutionnelles, sans équivoque par notre Parlement de l’ensemble de ces démarches positives de développement, démontrent à elles seules l’envie commune d’un développement durable souhaité pour notre canton par ses représentants du peuple que nous sommes.
Dans le domaine de la transition écologique et énergétique, des intentions fortes ont été affichées et des premières réalisations ont vu le jour. Le groupe du Centre considère néanmoins que ces politiques devront s’inscrire dans la durée avec une approche pragmatique, équilibrée et économiquement soutenable. Les débats passés sur le Plan Climat et les discussions toutes récentes sur le fond du même nom en sont de parfaits exemples.
Le canton doit aussi faire valoir ses atouts. Le projet de revitalisation qui a été nommé de préservation de la nature et des hotspot à haute valeur ajoutée permettra à notre canton de se démarquer, mais aussi dans un Jura aux moyens limités et, il faut le dire, de lever des fonds externes importants. Quand on n’a pas de pétrole, il faut avoir des idées et les effets leviers des financements privés, fédéraux ou encore d’incitation à l’innovation doivent guider notre action de politique. C’est la vision d’un Etat qui initie, qui montre la voie, qui incite sans arroser que nous souhaitons ici défendre au Centre. Les exemples font légion. Nous pouvons ici, pour n’en citer qu’un, souligner encore la démarche d’appels à projet dans le cadre de l’économie circulaire qui fut un succès à nos yeux. Cette législature s’achève dans un contexte international et national encore incertain. Elle aura permis de poser des bases importantes mais laisse également des chantiers ouverts. Fidèle à ses valeurs, le groupe du Centre continuera à jouer son rôle de force, de dialogue et de trait d’union cherchant des solutions responsables, équilibrées et réalistes afin de permettre à notre canton de poursuivre son développement au bénéfice de l’ensemble de la population jurassienne. Nous sommes conscients au Centre de la responsabilité qui nous incombera, retrouvant dès demain ou dès ce soir, le rôle d’équilibre décisionnel après une législature marquée dans notre hémicycle par la polarisation. Si on a pu se réjouir tantôt d’un vote gagné à gauche, tantôt à droite ces cinq dernières années, et ce sera peut-être encore le cas ce matin, ce n’est pas sur cette voie-là et avec cette voie-là et dans cette voie-là qu’un Gouvernement peut tracer une ligne cohérente avec prévisibilité face au Parlement.
Si les rapports furent parfois tendus entre nos deux institutions, les équilibres précaires n’ont sûrement rien facilité. Je profite de cette tribune pour remercier les personnes qui se sont engagées pour le bon fonctionnement de l’administration, du Parlement comme du Gouvernement. Un rapport de législature permet de faire ce pas de recul et de souligner le travail effectué, même si tout n’a pas fonctionné ou ne s’est pas déroulé comme on le prévoyait, ne serait-ce qu’il y a cinq ans.
Je remercie ici, en sortant du protocole et vous me le permettrez, Monsieur le Président, les députés de mon groupe pour leur travail, Jacques-André Aubry, Florence Boesch, Amélie Brahier, Bernard Studer, Gérard Bonvallat, Maxence Henry, Madeleine Juillard Schaller, Jean-François Pape ou encore Stéphane Rüegg qui nous quittent ce matin.
J’en profite également pour adresser aux trois ministres sortants mes sincères remerciements pour leur, pour votre engagement aux plus hautes fonctions de l’Etat jurassien. Cher Martial, cher David, chère Nathalie, arrivés ensemble dans un collège quasiment renouvelé dans son entièreté en 2015, vous avez marqué de vos noms et de votre empreinte la politique exécutive cantonale durant dix années. Avec les vents changeants toujours plus rapidement, l’avènement encore plus acéré des réseaux sociaux depuis votre entrée en fonction ou la circulation par fibre optique sans filtre ni recul de l’actualité, ceci change profondément le travail d’un ministre ou d’un conseiller d’Etat d’ailleurs. Vous avez su faire face.
A cette tribune, je profite de ce rapport qui est le vôtre à 60% pour vous remercier, n’ayant pas d’autres occasions pour le faire. Merci et plein succès dans la suite de vos vies.