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Roberto Segalla · Les Verts

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Kantonsparlament (JU)24.09.2025SUPPLEANT_MALE

M. Roberto Segalla (VERT-E-S) : Nous vivons une époque où le libérique est devenu une infrastructure invisible de notre société. Mais cette infrastructure repose en grande partie sur des solutions propriétaires, souvent américaines, qui nous rendent dépendants. Chaque année, des centaines de milliers de francs quittent notre canton pour payer des licences logicielles, sans que nous ne devenions jamais propriétaires de ces outils. Cette dépendance est une faiblesse stratégique, économique et démocratique. Certains experts parlent même de colonies numériques pour décrire cette situation. Nous utilisons des outils conçus ailleurs, selon des règles qui ne sont pas les nôtres et nous payons pour cela, sans contrôle réel. Cette image est forte mais elle reflète bien la réalité, nous avons perdu une part de notre souveraineté. La motion no 1526 propose une alternative, renforcer notre autonomie numérique en privilégiant des logiciels open source et les solutions locales. Ce n’est pas une utopie, c’est une nécessité et surtout c’est possible.

Des exemples concrets en Suisse, nous n’avons pas besoin de regarder très loin pour trouver des exemples inspirants. Le Tribunal fédéral a été pionnier avec OpenJustitia. Le canton de Genève, Rémy Meury en a parlé juste avant, est aussi un pionnier dans ce domaine-là. Plusieurs communes zurichoises, Horgen, Thalwil, Uster, Wetzikon, développent ensemble un portail de formulaires électroniques open source. Il y a aussi la loi fédérale (EMBAG) qui impose depuis le 1er janvier 2024 la publication en open source des logiciels développés pour l’administration. Cette loi vise à réduire la dépendance numérique et stimuler l’innovation locale.

Il y a aussi des exemples bien sûr en Europe, en France, la Ville de Lyon, notre collègue Rémy Meury en a parlé, dans la gendarmerie française où le système Windows a été remplacé par un système Linux qui s’appelle GenBuntu et le remplacement bien entendu de tous les services Microsoft. En Allemagne, notre collègue Rémy Meury, en a aussi parlé, 30’000 postes migrent vers Linux et libreOffice. En Espagne, la région d’Estrémadure a été une pionnière dès le début des années 2000 et 70’000 postes dans les écoles, 15’000 ordinateurs dans le secteur de la santé et 40’000 postes de l’administration publique ont été migrés, une preuve que l’open source peut être adoptée à très grande échelle avec succès. Ces exemples prouvent s’il le fallait encore, ce choix est réaliste et efficace.

Il est clair que ces changements ne se sont pas faits en un jour et ce n’est pas le but de cette motion, mais bien de manière progressive et réfléchie. C’est une réflexion de stratégie et d’indépendance numérique à long terme favorisant le développement du savoir-faire et des emplois locaux. Mais vous allez me dire pourquoi l’open source ? C’est vrai qu’à un moment donné, peut-être une métaphore, c’est bien plus pratique pour pouvoir comprendre. Choisir un logiciel propriétaire open source, c’est comme acheter une maison clé en main à l’étranger ou construire votre maison avec des plans ouverts, avec des artisans locaux. Avec une maison clé en main, le logiciel propriétaire, souvent américain, tout semble simple au début, mais vous ne connaissez pas les plans ni les matériaux. Si vous voulez changer une cloison, ajouter une pièce, vous devez passer par le promoteur étranger qui fixe ses prix et ses conditions, on le voit maintenant. Et si demain on décide d’augmenter les loyers ou de fermer son service, vous êtes prisonnier de ce contributeur. Avec la maison ouverte, logiciel source, vous avez les plans, vous pouvez les adapter à vos besoins, vous pouvez surtout faire appel à des artisans locaux qui connaissent votre terrain, vos normes, vos attentes. Si vous voulez agrandir, moderniser ou réparer, vous avez le choix entre plusieurs entreprises locales, sans dépendre d’un acteur unique. Faites votre choix.

Et vous allez me dire, oui, il discute beaucoup et il a une pomme ici (symbole sur son ordinateur portable), c’est vrai. Mais comme je déteste jeter du matériel qui a cinq, six ans, c’est pas si vieux que ça, j’ai migré depuis quelque temps cet ordinateur en open source, entièrement en open source, avec des solutions suisses ou européennes, en faisant au passage quelques économies qui n’iront pas chez l’oncle Sam. Plus aucun service ou logiciel de la pomme est présent dans cet ordinateur, donc c’est tout à fait possible. Une résolution d’aide aux entreprises qui travaillent avec les Etats-Unis est, comme vous le savez, d’actualité, en réaction à des taxes scandaleuses imposées par les Etats-Unis. Et nous, nous continuons à acheter ou à louer des services propriétaires, majoritairement américains, auprès d’un pays qui n’hésite pas à nous imposer des surtaxes abusives.

Envers un pays qui, par son patriotacte, peut à tout moment faire main basse sur nos données. Demandez à Angela Merkel ce qu’elle pense quand ses amis ont pompé ses données. On se soucie des hackers et c’est important de mettre en place des stratégies de sécurité forte, mais peut-être le plus gros hacker est peut-être l’Etat américain au travers des solutions informatiques de ses propres entreprises américaines. Adopter l’open source, ce n’est pas seulement une question technique, c’est un choix politique, économique et stratégique. C’est décider de notre argent, de nos données, de notre savoir-faire et c’est important qu’il reste chez nous. C’est refuser d’être une colonie numérique, je le répète et de redevenir maître de notre destin. On ne va pas se mentir, ce ne sera pas facile. Une migration vers l’open source implique une véritable stratégie et doit se faire par étape. C’est un projet à long terme et pour y parvenir, nous devons planifier dès maintenant notre indépendance numérique. Notre canton n’était pas trop petit pour conquérir son indépendance, il n’est pas trop petit pour conquérir son indépendance numérique. La motion no 1526 nous donne l’opportunité de faire ce choix pour notre souveraineté, pour notre économie, pour notre avenir numérique, je vous invite à la soutenir.

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ju.recapp.ch
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Kantonsparlament

Data: OpenParlData · CC BY 4.0