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Pierre-André Comte · Parti socialiste

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Kantonsparlament (JU)25.03.2026

M. Pierre-André Comte (PS) : Je tiens d’emblée à préciser que je ne m’exprime pas ici en va-t-en-guerre contre une armée imaginaire, je laisse cela à d’autres qui voient le diable partout et croulent sous les spasmes d’une revanche inassouvie. Non, si je parle aujourd’hui, c’est plus modestement comme porte-parole d’un groupe socialiste légèrement perplexe. Face à cette proposition, l’enthousiasme n’est pas exactement au rendez-vous. Il y a parmi nos membres, comme un flottement, une hésitation, un doute suffisant pour que plus de la moitié d’entre eux ressentent le besoin d’exprimer leur désapprobation.

Le premier des contre-arguments invoqués porte sur l’opportunité de charger notre administration d’une tâche dont l’urgence, vous l’admettrez avec moi, n’est pas avérée, alors même que la fonction publique croule, nous dit-on, déjà sous le poids de ses nombreuses charges. Y a-t-il là quelque chose de prioritaire sous cet angle ? Le doute est pour le moins permis.

Toucher à un hymne, c’est un peu comme déplacer un meuble ancien dans un salon familier. On peut le faire bien sûr, mais encore faut-il être sûr que la nouvelle place lui convient vraiment et qu’on ne finit pas par regretter l’ancienne. Tout ça, c’est du boulot supplémentaire en perspective, a-t-on dit, alors qu’on en a déjà assez. Ainsi, sans remettre en cause les intentions que nous savons sincères de l’ancien député Bernard Studer, excellent ami autonomiste., nous ne partageons pas l’enthousiasme dont il fait preuve, bien que nous partagions avec lui le non franchissement de la ligne rouge, à savoir le fait qu’on ne touche pas aux paroles de la Rauracienne, même pas à une virgule.

Chers collègues, notre position n’est ni une levée de bouclier, ni un refus catégorique, mais plutôt un discret haussement de sourcils collectifs et parfois il faut savoir écouter ses sourcils. Encore une fois, moderniser un arrangement, valoriser les talents jurassiens, tout cela est parfaitement défendable, mais cela s’impose-t-il de nos jours ? Pour en revenir au texte de la motion, vous me permettrez cette petite et innocente incise, une respiration. Il semblerait qu’un mot a failli provoquer un moment de terreur dans l’inspiration du groupe auteur de la motion, "martiale", l’adjectif, pas le prénom. Mon Dieu, "martiale", quelle horreur !

Voilà un adjectif qui semble aujourd’hui tarifié davantage qu’un budget déficitaire. Et pourtant, si les Jurassiens n’avaient pas eu à un moment de leur histoire un certain caractère, disons déterminé, combattif, engagé, appelons-le comme on veut pour éviter toute crise lexicale, ils seraient sûrement toujours en train de croupir sous le joug bernois.

Permettez-moi une anecdote. Le 1er février 2020, j’ai été appelé, oui appelé, par la patinoire de Lausanne, la Vaudoise Aréna, pour fournir en urgence mon enregistrement de la Rauracienne à la veille de la finale de la coupe suisse de hockey sur glace opposant le HC Ajoie au HC Davos. Les organisateurs de l’événement ne disposaient que d’une version crémeuse, sans muscles, ni cadence de parade. Je procurai donc la version du cœur Du Brassus. Le soir suivant, lorsque sur cet air, appelons-le comme vous voudrez, les quelques 8’000 Jurassiens présents ont entonné leur hymne national, il s’est passé quelque chose. Des supporters du HC Davos, pourtant peu impressionnables, sidérés, sont restés muets, inoffensifs, littéralement saisis et nous avons remporté le trophée, une dégelée mémorable de 7 à 3 par notre HCA infligée à la cité du WEF.

Chers collègues, les députés qui voteront non, en espérant que vous serez préalablement convaincus de la pertinence de leur position, vous disent que trop vouloir corriger un hymne finit par le dénaturer. N’oublions jamais que l’essentiel n’est ni dans le tempo, ni dans l’orchestration, il est dans ce lien presque indéfinissable entre un peuple et son chant. Pour les raisons dont je vous ai fait part, le groupe socialiste soutiendra ou ne soutiendra pas cette motion dans sa majorité, ce qui signifie que ses membres disposent de leur liberté de vote.

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ju.recapp.ch
Institution
Kantonsparlament

Data: OpenParlData · CC BY 4.0