Alain Berset · SP
Le Sommet de la Francophonie est vraiment l'un des tout grands sommets internationaux qui regroupent des chefs d'Etat sur notre planète. C'est un des grands sommets qui portent sur un point relativement précis que partage l'ensemble des pays qui y participent, à savoir le français. Ce sont des représentants des cinq continents, des dizaines de pays - une septantaine, je crois - qui sont représentés dans l'organisation. Il s'agit donc pour la Suisse d'une manifestation de première importance qui doit permettre de confirmer le rôle que joue la Suisse sur la scène internationale, aussi comme organisateur de grandes manifestations, aussi comme facilitateur de dialogues. Et c'est, dans le fond, ce qui fait de la Suisse un pays qui contribue à l'échange et au dialogue entre les peuples bien au-delà des frontières européennes et dans une mesure largement supérieure à ce que pourrait nous permettre notre simple taille géographique ou démographique.
Mais surtout, la Francophonie est un réseau différencié. Il est extrêmement important pour notre pays de pouvoir compter sur la participation à un tel réseau, avec des pays qui représentent ensemble un tiers des membres de l'ONU, des pays dans lesquels nous pouvons faire valoir aussi nos différences, des pays avec lesquels nous pouvons travailler aussi quand les intérêts de la Suisse sont touchés. Je crois que la situation que nous vivons depuis deux ans doit nous inciter à ne pas rater de telles occasions, à faire en sorte non seulement de les saisir, mais de savoir organiser de telles manifestations avec beaucoup d'engagement, avec un certain brio et de confirmer ainsi notre réputation aussi dans ce domaine.
Je regrette évidemment que le Conseil national ait, de façon, il faut bien le dire, un peu arbitraire, au terme d'un débat qui n'était pas tellement axé sur le contenu du dossier, décidé de couper 5 millions de francs dans le crédit-cadre pour l'organisation de cette manifestation.
Evidemment, il est toujours difficile de prévoir, surtout dans les conditions que la Suisse a connues et qu'elle connaît encore pour organiser ce sommet, des montants précis. C'est la raison pour laquelle il m'aurait paru approprié d'avoir un peu de marge de manoeuvre, non pas pour les dépenses, mais pour le crédit d'engagement. Cela dit, j'ai compris en commission qu'il n'y avait pas de majorité pour augmenter ce crédit-cadre à 35 millions de francs et je me rallie aujourd'hui à la proposition de 30 millions de francs, en souhaitant simplement que cela suffise pour organiser dans les meilleures conditions possibles le sommet.
Par contre, nous allons avoir tout à l'heure, et je m'exprime déjà sur ce point, une discussion sur la compensation de 10 millions de francs au sein de ce département. Il faut vraiment que nous nous posions la question de ce que signifierait une compensation de 10 millions de francs au sein du DFAE. Est-ce que vraiment nous sommes prêts à prendre la responsabilité que l'organisation d'un tel sommet pour accueillir des chefs d'Etat se fasse au détriment de la contribution suisse à l'aide publique au développement? ou bien au détriment de la contribution suisse au réseau des ambassades? Peut-être faudrait-il alors en fermer une ou deux pour financer la compensation! Ou bien encore, sommes-nous prêts à ce que la compensation se fasse dans la contribution de la Suisse à la sécurité dans le domaine des visas? Ce sont les questions auxquelles nous devons répondre si l'on veut une compensation! C'est la raison pour laquelle j'espère qu'il y aura ici une forte majorité pour rejeter cette idée de compensation qui est tombée dans ce débat comme quelque chose d'un peu vexatoire et d'un peu ennuyeux, mais qui n'apporte certainement rien de très positif à la réflexion.
La procédure, le président de la commission l'a dit, a d'abord été examinée par la Délégation des finances. Je dois vous dire que j'ai estimé absolument correct que ce ne soit pas elle qui prenne cette décision, mais, parce que les délais le permettaient, que les conseils puissent la prendre dans les meilleures conditions possibles, même s'il faut que le projet passe dans les deux conseils durant la même session.
Vous aurez certainement constaté que règne une certaine agitation du côté des autorités cantonales organisatrices. On peut le comprendre; ce n'est pas tous les jours qu'un gouvernement cantonal est confronté à l'organisation d'un tel sommet international, même s'il existe sur l'Arc lémanique tout de même une certaine expérience dans ce domaine. Je crois que l'on ne peut que souhaiter de notre côté que les travaux, de ce point de vue là, se passent le mieux possible. On ne peut que souhaiter la collaboration la plus constructive possible des autorités cantonales concernées - je suis persuadé que nous l'aurons -, de façon à ce que l'ensemble de cette manifestation puisse se dérouler dans les conditions que notre pays mérite de pouvoir offrir.
Je vous invite donc à entrer en matière et à soutenir le crédit et le projet tels qu'ils ressortent des délibérations de la commission.