Florence Chaignat · Parti socialiste
Mme Florence Chaignat (PS) : Nous examinons aujourd’hui l’arrêté visant à octroyer une garantie de l’Etat à hauteur maximale de 95 millions de francs pour le financement du nouveau site hospitalier de Delémont. Le groupe parlementaire socialiste souhaite saluer en préambule l’importance stratégique du projet. A nos yeux, il représente un investissement structurant pour la santé publique jurassienne, pour l’attractivité de notre canton et pour la qualité des prestations de soins dont dépendent des milliers de personnes. L’Hôpital du Jura est un pilier fondamental de notre service public. Il garantit l’égalité d’accès aux soins, la sécurité sanitaire de la population et la solidarité entre toutes et tous. Nous partageons le constat posé par le Gouvernement. Le site est vétuste, énergivore et difficilement adaptable aux normes actuelles et futures. La construction d’une nouvelle infrastructure constitue le seul choix cohérent à long terme pour garantir une offre hospitalière cantonale solide, fonctionnelle, moderne et accessible.
Ce nouveau site doit permettre de renforcer l’ambulatoire plutôt que le stationnaire, d’améliorer l’organisation interne, de fluidifier les flux opératoires et surtout d’offrir de meilleurs outils de prestations sanitaires. A terme, ces améliorations doivent permettre de limiter le nombre de patients traités hors canton, d’optimiser la collaboration avec l’Hôpital universitaire de Bâle et, partant, de maîtriser les coûts. Cependant, soutenir un projet d’une telle envergure ne signifie pas renoncer à notre devoir de vigilance. L’octroi d’une garantie de l’Etat de 95 millions de francs n’est pas qu’un acte administratif simple, c’est un engagement très lourd pour les finances publiques qui obligent et responsabilisent la collectivité sur le long terme. Si par malchance cette garantie devait être activée dans un futur lointain, cela signifierait pour le Canton devoir assumer un découvert massif avec des conséquences directes sur l’ensemble des politiques publiques.
De surcroît, le nouvel hôpital appartiendra certainement à une société immobilière et non à l’Hôpital du Jura. N’oublions pas qu’en cas de faillite, cet hôpital pourrait être vendu. Soyons par conséquent pleinement conscients de ce que nous votons aujourd’hui. Même si ce projet nous apparaît comme nécessaire et opportun, il comporte clairement un risque financier pour l’Etat. A ce stade, une certaine précipitation est perceptible, des incertitudes subsistent encore, notamment en lien avec la structure du financement et les statuts de la société immobilière envisagés. Ces éléments déterminent directement le niveau réel de risque supporté par l’Etat.
Dans ce contexte, nous saluons la prudence du Gouvernement qui conditionne l’octroi de la garantie à un ensemble d’exigences destinées à protéger l’Etat. Concernant la société immobilière, nous prenons acte de l’engagement formel de l’Hôpital du Jura de respecter pleinement la législation sur les marchés publics.
Cet engagement est pour nous essentiel. L’argent public, même indirectement engagé, doit rester soumis à des règles strictes de transparence, de concurrence loyale et de contrôle démocratique. Au-delà de la décision qui nous occupe aujourd’hui, ce projet s’inscrit dans un enjeu plus large, la nécessité d’une véritable vision globale et anticipatrice de notre politique de santé. Construire un hôpital, ce n’est pas simplement bâtir un nouvel édifice, c’est préparer l’avenir. Cela implique d’anticiper le vieillissement de la population, l’évolution des pathologies, la pénurie de personnel soignant, le développement de l’ambulatoire et la coordination entre les différents niveaux de soins, cela dans un contexte d’explosion des coûts de la santé et des primes de caisses maladie. Pour le groupe socialiste, la santé doit rester un domaine prioritairement gouverné par l’intérêt public, la planification et la solidarité et non par des logiques purement financières.
En résumé, nous soutenons ce projet car il est nécessaire pour la population jurassienne, pour la qualité des soins, pour l’attractivité de notre canton et pour l’avenir de notre système hospitalier. Mais ce soutien s’accompagne d’une exigence forte de prudence, de transparence et de responsabilité, en particulier au niveau financier. C’est dans cet équilibre entre soutien aux services publics, exigence de rigueur financière et vision à long terme que s’inscrit la position du groupe socialiste.