Jelica Aubry-Janketic · Parti socialiste
Mme Jelica Aubry-Janketic (PS) : Personne ne conteste la gravité de la situation économique actuelle. L’imposition des taxes douanières de près de 39% par les Etats-Unis fragilise durement nos entreprises et menace directement l’emploi dans le Jura. Dans un canton fortement tourné vers l’exportation, nous devons évidemment rester vigilants, solidaires et prêts à soutenir notre tissu économique. Ces défis exigent des réponses intelligentes, ciblées et durables. Mais pour notre groupe, les propositions contenues dans cette motion ne vont pas dans le bon sens. Accorder un moratoire fiscal aux entreprises en difficulté soulève un problème d’équité et ça a été relevé. Pourquoi certains contribuables, entreprises ou indépendants pourraient différer leurs impôts alors que les ménages, eux aussi confrontés à la hausse du coût de la vie, doivent s’en acquitter sans report ni exonération ? Le socialisme, c’est aussi refuser les privilèges fiscaux et plaider pour une égalité de traitement entre tous les acteurs. Notre groupe suivra donc cette ligne, Monsieur le député Romain Schaer.
De plus, si certaines entreprises rencontrent de réelles difficultés de liquidité, cela a été également dit tout à l’heure, il existe déjà des mécanismes d’échelonnement individualisé que l’administration fiscale peut accorder avec discernement et dans le dialogue.
Pour ce qui est du deuxième axe de votre motion, geler dès 2026 les taxes et charges frappant les entreprises, cette proposition est aussi problématique à nos yeux. Il aurait d’ailleurs été intéressant d’expliquer très concrètement de quelles taxes vous faites mention, Monsieur le Député. Lors du traitement de la résolution qui a été adoptée en septembre dernier par notre Parlement pour soutenir l’économie jurassienne, il était question notamment de nouvelles taxes mais il y avait aussi le sujet de geler les allocations familiales. Sur ce point-là, et j’aurai certainement l’occasion d’y revenir plus tard, l’adaptation du montant des allocations familiales est régie par une loi. Je trouverais donc particulier que le Parlement prenne délibérément la décision de ne pas appliquer une loi qu’il a lui-même votée.
Dans le texte de votre motion, vous parlez aussi d’une période déterminée, mais cela reste très flou. Notre groupe n’est donc pas convaincu par ce texte. Le Jura a toujours su compter sur la force de son tissu économique mais aussi sur la solidarité entre les différents acteurs. Les difficultés actuelles appellent une réponse collective et pas une politique de faveur fiscale. Nous devons accompagner, former, investir, non pas geler, retarder, voire démanteler. Nous aurions d’ailleurs été plus enclin par une proposition avec des mesures de soutien ciblées, concrètes et porteuses d’avenir, notamment par exemple renforcer les programmes de soutien à l’investissement, à l’innovation, aider à la diversification de l’emploi, appuyer la formation et la reconversion professionnelle, soutenir les filières locales, les circuits courts.
Pourquoi pas éventuellement aussi instaurer des crédits relais et enfin simplifier l’appareil administratif, non pas en réduisant l’Etat mais en le rendant plus accessible, plus réactif et plus proche des besoins réels des entreprises ?
En résumé, le groupe socialiste plaide pour des solutions de soutien intelligentes, équitables et tournées vers l’avenir qui renforcent à la fois nos entreprises, nos travailleurs et nos finances publiques. Vous l’aurez compris, Monsieur le Député, votre texte ne recevra pas le soutien de notre groupe.