Mauro Poggia · MCG
Chères et chers collègues encore présents, que je remercie de leur patience, effectivement, l'interpellation que j'ai déposée auprès du Conseil fédéral concerne les Forces de support rapide qui interviennent encore aujourd'hui malheureusement au Soudan et vise à demander si, à l'instar de ce qui a été fait pour le Hamas, le Conseil fédéral envisage de les placer sur la liste des entités terroristes. Je rappelle que ces forces de support rapide sont composées de mercenaires dont certains viennent même de Colombie et sont financées par des États étrangers et notamment par les Émirats arabes unis.
À partir d'avril 2023, ces mercenaires sont entrés en guerre ouverte avec le gouvernement, ont pris Khartoum, ville aujourd'hui passablement détruite, puis ont été repoussés dans le Darfour, c'est-à-dire dans l'ouest du Soudan. En octobre 2025, des événements encore pires que ceux des mois précédents se sont passés, puisque ces forces de support rapide, après un siège digne du Moyen-Âge, ont pris la ville de El Fasher, précisément au Darfour, avec des massacres terribles, des viols, des exactions et de l'enrôlement forcé d'enfants militaires ; 150 000 morts, 19 millions de personnes aujourd'hui en insécurité alimentaire, 14 millions de déplacés. Pour la première fois, le sang humain de ces massacres était visible depuis les satellites. Vous imaginez la catastrophe. Selon le Comité international de la Croix-Rouge, c'est aujourd'hui la plus grave crise humanitaire dans le monde qui se déroule au Soudan, - je dois dire - dans une quasi-indifférence générale.
La question était donc de savoir si le Conseil fédéral entendait faire quelque chose autrement qu'en déplorant, bien évidemment - ce que nous pouvons tous faire -, ce qui se passe dans ce pays. L'avis du Conseil fédéral ne m'a pas satisfait, même si je le comprends, puisque le Conseil fédéral nous a indiqué qu'il souhaite "maintenir la pratique actuelle, et interdire telle ou telle organisation uniquement en présence de motifs très graves". On peut s'entendre, évidemment, sur la gravité des motifs, mais il y a une explication qui suit : il faut que l'entité en question menace concrètement la sécurité de la Suisse. Évidemment, les Rapid Support Forces ne menacent pas directement la Suisse, comme je ne pense pas que le Hamas menaçait directement la Suisse lorsqu'il a été mis sur la liste des entités terroristes.
Même si je comprends la position du Conseil fédéral, je voulais simplement faire remarquer qu'il y a des drames qui se jouent et dans lesquels la Suisse pourrait jouer un rôle beaucoup plus actif plutôt que de retirer son représentant dans la corne de l'Afrique, qui était une personne qui connaissait bien la situation et qui pouvait exercer les bons offices de la Suisse. Malheureusement, le Soudan n'est pas dans les priorités de notre Département fédéral des affaires étrangères.