Rudi Berli · GRÜNE
De retour de la séance d'élimination des divergences avec le Conseil des États, nous présentons aujourd'hui un projet flanqué de quelques mesures désespérément conçues pour acheter le soutien du monde paysan. On met sur la table 517 millions de francs, mais en définitive, dans quel but ? L'immense, l'écrasante majorité de cette somme est constituée de prêts à taux zéro. On propose donc aux paysans de s'endetter encore un peu plus pour masquer leur propre disparition. Dans un fonctionnement économique normal, les entreprises doivent pouvoir investir dans le renouvellement de leur outil de production grâce à leurs revenus, donc par le biais des prix. C'est là que le bât blesse, puisque les prix à la production ne permettent pas aujourd'hui à l'agriculture suisse de renouveler ses outils de production. Ce sera encore moins le cas avec cet accord avec le Mercosur. Les paysans de ce pays n'ont pas besoin de s'endetter davantage. Ils ne veulent pas non plus qu'on les arrose avec de l'argent. Ils demandent simplement de vivre de leur travail, de vivre dignement. Ils ont besoin d'un État qui les protège, pas d'un État qui les jette en pâture à une concurrence déloyale. Celles et ceux, dans cette salle, qui répètent à l'envi qu'ils aiment la Suisse, qu'ils aiment nos terroirs, nos paysages, notre histoire, prouvez-le aujourd'hui et défendez l'agriculture suisse.
Le groupe des Verts rejette fermement cet accord avec le Mercosur, car il ne s'agit pas simplement de consentir à importer 1000 tonnes de volaille, 3000 tonnes de boeuf et 50 000 hectolitres de vin d'Amérique du Sud. En effet, le dépassement des quotas d'importation de l'OMC pour 25 produits agricoles sensibles exercera une pression insupportable sur notre production et notre approvisionnement indigènes. Nous défendons un système alimentaire durable qui garantit l'approvisionnement et une alimentation de qualité, accessible à toute la population. Cela signifie naturellement de produire localement ce qui peut l'être. Cela nécessite une régulation du marché qui permet des prix justes. Cet accord, c'est tout le contraire. C'est l'accord de l'agriculture industrielle ; c'est l'accord des élevages de masse ; c'est l'accord de la production d'OGM, d'une utilisation de pesticides interdits chez nous, de transports inutiles à travers la planète ; c'est l'accord de la déforestation du poumon vert de la terre et de la destruction des agricultures paysannes en Amérique du Sud. Je m'arrête là.
Cet accord, dont le gouvernement vante le caractère soi-disant exemplaire, ne comporte aucune contrainte passible de sanction sur les questions de durabilité, rien sur l'équivalence des normes de production, rien sur le bien-être animal, rien de contraignant sur les conditions de travail, le travail forcé ou le respect des populations indigènes. C'est un accord d'un autre siècle. Le temps est venu d'avoir le courage de dire non. Exigeons une Suisse résiliente, une Suisse qui ose enfin adopter un modèle de production en adéquation avec les réalités climatiques. Défendre la Suisse, ce n'est pas sacrifier notre modèle agricole pour satisfaire les marchés.
Le groupe des Verts demande de soutenir les minorités II (Fehlmann Rielle) à l'article 1a, I (Gredig) à l'article 1d, Molina aux articles 1e et 1f, Badertscher à l'article 1g et Berli Rudi à l'article 1h.
Notre chambre doit entendre raison. Les femmes et les hommes qui vivent de la terre, avec à leur côté les mouvements écologistes, les syndicats, les consommatrices et les consommateurs, ne laisseront pas passer l'accord avec le Mercosur tel quel. En cas d'adoption par le Parlement, nous vous donnons rendez-vous dans les urnes pour le référendum ; et nous le gagnerons.