Michel Périat · Parti libéral-radical
M. Michel Périat (PLR) : Beaucoup de choses ont déjà été dites et si j’avais une baguette magique, je vous promets que vous auriez votre centre demain. Je suis tout à fait pour un centre comme celui-là. Le seul problème, c'est que c’est difficile, pour avoir travaillé beaucoup dans toutes ces situations. Je veux répéter deux ou trois choses qui ont été dites, pour que tout le monde comprenne bien de quoi il s’agit.
Vous avez bien compris que les troubles alimentaires sont quelque chose de complexe et qu’il n’y a pas que l’anorexie. L’anorexie, évidemment, c’est quelque chose de frappant mais il y a aussi tout ce qui est la boulimie, l’hyperphagie, l'hyperphagie nocturne, la potomanie, vous savez probablement tous ce que c’est. Si vous ne le savez pas, ce sont des gens qui boivent jusqu’à 20 litres par jour. Madame Kradolfer l'a très bien dit, les choses se passent plus dans la tête que dans le corps mais c’est le corps qui en souffre.
L’étude de l’OFSP dont on a parlé, date comme on l’a dit de 2010 et ces TCA touchent 3,5% de la population. Comme on l’a dit, ces troubles touchent de nombreux volets et ce qui n’a pas été dit, ou si cela a été dit je ne l'ai pas entendu, l’anorexie représente 0,2% des troubles chez les hommes et de 1,2% chez les femmes, sur une étude faite par l’Université de Zurich en 2015.
Quand on parle de 3,5, il s’agit de la prévalence. Moi, j’ai toujours du mal entre la prévalence et l’incidence. La prévalence, c’est le pourcentage à un moment donné de la maladie. Cela ne veut pas dire que ce sont 3,5% qui sont malades. Alors que l’incidence, c’est le nombre des cas par année.
Si on parle de l’anorexie, la création d’un hôpital de jour ou d’une unité est quelque chose d’absolument indispensable. Seulement, pour avoir travaillé longtemps et encore y travailler, par exemple, à la création d’un hôpital ou à la création de structure médicale en cardiologie à l’époque où j’étais au comité central, c’est quelque chose qui n’est pas simple. Si on reprend ce qui se fait maintenant dans le canton. A l'Hôpital du Jura, on a une structure pour les obèses mais vous l’avez bien dit, on soigne le corps plus que la tête. Comme je suis un vieux médecin, pour que vous vous rendiez compte que quand j’ai commencé la médecine, les obèses morbides, ceux dont le BMI est supérieur à 40, savez-vous ce qu’on leur faisait ? On leur cousait la bouche. Je l’ai vu. On laissait un trou pour une paille. Maintenant on coud toujours mais on coud l’estomac pour le rétrécir. Et effectivement, on traite le somatique mais peu le psychique, parce que ces gens, quand ils sont vraiment malades de leur obésité, eh bien, ils trouveront tous les trucs pour manger. Les anorexiques se font vomir, comme vous le savez.
Qui va organiser un tel centre ? J’ai un petit peu regardé. Est-ce que vous le donneriez à l’H-JU ? Est-ce que vous le donneriez au Service de la santé ? Est-ce que vous utiliseriez une institution privée ? Ou est-ce que vous travailleriez avec la psychiatrie de Moutier ? Il faut avoir malgré tout un organe de référence et les quatre que j’ai trouvé sont ceux-là. Si c'est Moutier, ce sera privé. Si c’est un organisme privé, ce sera privé, mais à la limite, pourquoi pas ? Mais ça demande une structure et ce n'est pas simple d’organiser quelque chose comme ça.
Si l’on revient à l’anorexie puisque c’est quand même un des problèmes majeurs, que se passe-t-il quand une anorexique ou un anorexique est hospitalisé-e et malade avec un risque vital ? L’Hôpital du Jura peut offrir une structure avec deux lits qui permettent de soigner surtout le somatique, avec une équipe qui a appris son job. Mais la grande carence que l’on a dans le canton, je suis content d’avoir entendu tout à l’heure qu’on avait des psychiatres, moi je n'en trouve pas beaucoup quand on en cherche, je vous promets que c’est difficile. En ce qui concerne l’Hôpital du Jura, il peut déjà assumer un certain suivi alimentaire, mais comme vous l’avez dit, le problème psychique n’est pas là. A mon avis, on doit utiliser la structure de l’hôpital dans un premier temps. Dans un second temps, vous l’avez dit tous et je le répète, on doit malheureusement envoyer les gens ailleurs. Une structure d’anorexie dans un hôpital que ce soit de Saint-Loup, Vaud ou Genève, je vous assure que c’est très compliqué. Ce sont des gens qui sont enfermés dans une chambre, qui n’ont pas le droit de voir la famille, qui de temps en temps n’osent pas sortir parce que le contact semble-t-il avec l’extérieur, risque de les "polluer". Donc, le faire dans le Jura, cela compliquerait beaucoup mais pourquoi pas ?
La troisième phase est donc celle où les gens rentrent et peuvent être pris en charge. Peut-être que vous savez qu’il faut quand même qu’ils s’alimentent de manière particulière. Il faut une prise en charge psychiatrique que l'on ne trouve que très difficilement, mais j’ai appris tout à l’heure que c’était beaucoup plus facile que ça. Et la deuxième chose, c’est l’alimentation. Il y a des gens qui sont formés à l’hôpital pour favoriser des alimentations aussi bien pour les obèses que pour les anorexiques. Mais peut-être que vous ne le savez pas, si un patient veut aller à l’hôpital, il doit être adressé par son médecin traitant. Le médecin traitant doit l’adresser à l’hôpital ou alors Saint-Loup leur demande de prendre en charge ces patients pour essayer de refaire une alimentation ou leur donner en tout cas les alimentations correctes. Il faut évidemment, comme vous le savez, contrôler les électrolytes, contrôler les paramètres sanguins, contrôler la cachexie, contrôler l'ostéoporose. C’est un domaine qui est vraiment le propre d’un spécialiste. La création d’une telle unité est à mon avis difficile et si elle veut être efficiente, elle doit vraiment être étudiée, comme l’a dit Monsieur Gerber.
Pour tout ça, après en avoir beaucoup discuté avec plusieurs, nous, on recommande plutôt le postulat. Mais comme l'a aussi dit notre ministre, il ne faut pas le mettre dans un tiroir. Mais le travail est tellement vaste, tout réunir est tellement compliqué. J’ai discuté avec le directeur de l'Hôpital et il m’a dit : "Il faut se mettre autour d’une table pour coordonner les choses". Je suis allé au Service de la santé et par chance, on avait une réunion du Conseil de la santé dont peut-être vous le savez, je suis le président et je leur ai demandé ce qu'ils feraient avec une motion comme celle-là. Personne ne peut répondre. Le Service de la santé dit qu'il faut se mettre autour d’une table. J’ai téléphoné à quelques amis professeurs dans des cantons ailleurs, entre autre, le professeur Darioli, que je connais bien et qui est l’ancien président de la Société suisse d’alimentation. Il m’a dit qu'il faut se réunir autour d’une table, il faut que tous les groupes réussissent à trouver une solution globale, car ne pas trouver une solution globale, c’est probablement aller à l’échec et à manquer d’efficience.
Alors, qu’est-ce que je peux vous dire d’autres ? Nous, on est pour le postulat parce que ça permet d’étudier plus de choses, mais sachez bien, Madame Kradolfer, que ce projet est votre projet et que de temps en temps, comme m’a dit quelqu’un, il faut peut-être prendre des spécialistes qui vont gérer ce problème. Vous êtes probablement spécialiste, moi pas, mais il faut des spécialistes qui vont décider de la structure la meilleure à donner et je vous promets, pour avoir fait ce genre de choses dans d’autres situations, ce n’est pas simple et ce n’est pas à notre portée. Je ne sais pas si des gens se sentent compétents ici mais en tout cas pas moi.
Pour toutes ces raisons, malheureusement, je vous dits que nous soutiendrons le postulat. Je dits malheureusement parce que je suis triste, mais pour nous, c’est la seule manière d’y arriver. En revanche, il faut avancer, je suis d’accord. Ca fait 50 ans qu’on essaie de trouver, ce n’est pas une raison pour attendre 50 ans de plus.
Notre groupe, en tout cas moi, je soutiendrai le postulat. Je pense que notre groupe le soutiendra aussi.