Christian Dandrès · SP
Le traitement de cette initiative est un moment fort de la législature, parce qu'elle pose le principe que l'égalité de droit ne suffit pas et qu'il faut aussi l'égalité de fait pour avoir une société véritablement démocratique. En fixant l'obligation d'agir avec des mesures de soutien et d'adaptation, notamment d'assistance personnelle, c'est devenu un symbole dans cette période de démantèlement des droits, des assurances sociales et des budgets sociaux. Plus généralement, c'est aussi un symbole face à la montée politique de mouvements qui nient le caractère universel des droits fondamentaux.
Cette initiative est aussi remarquable par la taille de son champ d'intervention. Elle vise tous les domaines de la vie avec un accent spécifique sur le logement et sur le marché du travail. Elle constate qu'avoir un handicap, c'est un obstacle à l'inclusion, mais que souvent le principal obstacle à l'inclusion, ce n'est pas le handicap lui-même, mais ce sont les logiques dominantes dans le fonctionnement de la société. Cette initiative postule aussi et surtout que la personne se définit d'abord par son humanité, par ses choix, par sa volonté et par ses capacités, et surtout que l'égalité entre tous les êtres humains ne doit pas rester un tigre de papier. Que la société doive garantir l'autonomie et cette dignité, c'est la primauté du politique - c'est un élément central.
Cette initiative vise juste parce qu'elle cible spécifiquement le logement et le marché du travail ; deux domaines dans lesquels le besoin de mesures est très aigu. D'une part, parce que le travail et le logement sont des facteurs essentiels d'intégration dans cette société, mais aussi, d'autre part, parce que les besoins des locataires et des travailleurs ne sont pas vraiment aujourd'hui l'étoile Polaire des employeurs et des bailleurs. Le monde du travail est pensé, comme celui du logement, par les personnes valides pour les personnes valides. Dans le système économique qui prévaut aujourd'hui, c'est la productivité et le rendement qui peuvent primer et qui priment toujours sur la question de l'humanité. C'est pour cela qu'en sont exclues les personnes malades et les personnes en situation de handicap. La discrimination est très large parce qu'elle touche les principaux aspects des rapports de travail en entreprise : l'embauche, le maintien en place du poste de travail, les salaires et, bien entendu, la promotion dans l'entreprise.
Or, dans une société véritablement démocratique, on ne peut pas tolérer que les droits s'arrêtent à la porte des entreprises. Les entreprises doivent s'adapter à la diversité des corps et à la diversité des esprits.
Concernant le logement, la question qui est posée par cette initiative est celle du libre choix. L'initiative interroge aussi sur le rôle et sur le fonctionnement des établissements pour personnes âgées ou handicapées, car parfois, le placement en institution est nécessaire, faute de logement adapté - cela a été régulièrement dit à cette tribune.
C'est aussi la question des conditions de vie dans les institutions que pose cette initiative : sous l'effet d'une organisation de plus en plus technocratique ou à flux tendu, les résidents sont peu à peu privés de toute liberté, de tout ce qui fait le sel de la vie, comme le partage et la découverte. La prise en charge peut parfois même se vider de sens humain pour se transformer peu à peu en une sorte de gardiennage, avec des privations de liberté importantes - à savoir s'il est possible de sortir, avec qui sortir, ou encore à quelle heure se coucher.
Cette logique peut résulter d'une culture professionnelle, mais elle résulte aussi et souvent d'un problème d'absence de moyens financiers adéquats. Lorsque les employés sont débordés, stressés, mal formés et souvent contraints de passer beaucoup de temps à effectuer un travail administratif, cela a pour conséquence immédiate de réduire la qualité de la prise en charge. Des résidents peuvent ainsi passer des heures au lit en journée, sans activité. Souvent, pour faire face à la frustration et rendre ce cadre plus supportable, ils recourent à davantage de médication.
L'initiative populaire remettrait au centre l'autodétermination et les services à même de garantir l'autonomie, à commencer par le fait de donner la possibilité de ne pas vivre en institution. Son adoption marquerait aussi un coup d'arrêt dans la course vers le bas que l'on connaît aujourd'hui et permettrait de reconstruire et de repenser tout un système sur des bases capables de le rendre apte à répondre aux besoins d'autonomie, et en priorité le libre choix du cadre de vie. Cette initiative constitue donc une chance pour mettre à bas ces dynamiques mortifères et pour revendiquer le fait que le monde du travail et la société tout entière doivent s'adapter, et pas l'inverse.
Merci au comité d'initiative d'avoir récolté les signatures et plein succès à cette initiative.