Christophe Schaffter · Combat socialiste - Parti ouvrier populaire
M. Christophe Schaffter (CS-POP) : Convoquer la poésie au cœur de notre Parlement et plus précisément les mots du poète français Alphonse de Lamartine qui écrivait « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. » Ici, notre collègue Thomas Schaffter, nous joue Alphonse de Lamartine avec l'accent ajoulot « Une seule prison nous manque et le Château des juges doit fermer. » C'est exactement ce qu'il demande, ni plus ni moins. Plutôt que de rester figé dans un passé révolu, le Château sans prison doit être rendu aux visiteurs, aux promeneurs, aux curés, aux touristes. Qu'il devienne un lieu d'histoire, de mémoire et de culture, et non plus un espace judiciaire orphelin de ses prisons. Chers collègues, le simple fait de prononcer ces mots fait froid dans le dos. Ainsi donc, un seul cachot nous manque, et c'est tout le Château qui se dépeuple. Si les princes évêques entendaient ces mots, je serais écartelé sur le champ. Comme pourrait d'ailleurs le confirmer Pierre Péquignat, sans doute un des derniers à être passé par la potence, non sans avoir donné son nom précisément à une cellule de ce château, on y revient. Pour le postulant, donc, l'histoire frappe à notre porte. Le Château de Porrentruy s'apprête à fermer ses prisons, et dans leurs sillages, le postulant veut se débarrasser de cette forteresse où l'on croyait encore qu'enfermer suffisait à rendre justice. Que les juges déposent leurs robes, pourraient-ils nous dire, ces costumes d'un autre temps, car si l'on ne peut plus enfermer, à quoi bon juger ? Laissons ce bâtiment aux touristes, aux amateurs de vieilles pierres et aux nostalgiques de l'ordre ancien. Transformons-le en musée de l'absurde judiciaire où l'on expliquera à nos enfants, qu'ici, autrefois, on décidait du sort des hommes à coup de sentence et de serrure. Dans ce monde, décidément, tout va trop vite. Même le Château de Porrentruy qui s'il avait des roulettes, serait évidemment et depuis longtemps à Delémont, nous répète souvent notre camarade Yves Gigon, même ce château ne résiste pas au temps. La majorité du groupe VERT-E-S et CS-POP n'est ni réjouie ni convaincue par ce postulat. Veut-on et peut-on vraiment faire des nobles salles d'audience du tribunal, des dortoirs pour scouts suisses-alémaniques ou vaudois en mal d'aventure en pays jurassien ? Le bureau d'un juge peut-il avoir une autre destinée que de rester, ad aeternam, le bureau d'un juge ? Que les cellules des prisons puissent se transformer en chambres de luxe pour une nuit insolite, ça pourrait encore passer. Mais il n'y a pas besoin d'un postulat pour cela. Imaginez, chers collègues, quand les barreaux deviennent tendance, la prison de Porrentruy, transformée en hôtel de luxe, du style, dans les murs épais de l'ancienne prison de Porrentruy où résonnaient jadis les pas lourds des gardiens et les murmures des détenus, s'ouvre désormais un lieu pour le moins inattendu, un hôtel de luxe pour amateurs d'expériences. Les cellules austères d'autrefois se sont muées en suites raffinées, alliant le caractère brut des lieux en un confort cinq étoiles. Chaque cellule soigneusement rénovée conserve ses portes en fer et ses petites fenêtres à barreaux, mais accueille désormais un lit king-size, des luminaires design et des salles de bains dignes des plus grands établissements hôteliers. Le contraste entre l'histoire carcérale et le luxe contemporain séduit une clientèle en quête d'originalité des bobos branchés aux voyageurs fortunés venus de loin pour passer une nuit derrière les barreaux, mais cette fois de leur plein gré. On pourrait lire encore : L'hôtel joue habilement avec l'identité du lieu. Les anciens quartiers disciplinaires deviennent des spas privatifs. La cour de promenade se transforme en terrasse. Ah non, la cour de promenade, il n'y en a pas, excusez-moi. Le réfectoire des prisonniers devient un restaurant gastronomique proposant une cuisine locale réinventée. Plus qu'un simple hébergement, ce lieu raconterait une histoire, celle d'une reconversion audacieuse où le patrimoine rencontre l'hôtellerie de haute gamme. Dormir dans une cellule deviendrait un luxe et le passé carcéral de Porrentruy se verrait réinterprété avec élégance et dérision. Mais faut-il un postulat pour tout cela ? Non, bien sûr que non. Un groupe de travail, des dizaines d'heures de discussion alors que Jura Tourisme a déjà tout imaginé, mais pour la prison uniquement. Les juges de première instance ne peuvent siéger qu'au Château de Porrentruy et ceux de deuxième instance sont attendus à Moutier, les locaux seront libres au 1er janvier 2026, qu'on se le dise.