Joël Burkhalter · Parti socialiste
M. Joël Burkhalter (PS) : La motion no 1535 vise à contraindre le Gouvernement à entreprendre toutes les actions nécessaires pour introduire des trains rapides entre Delémont et Porrentruy dès 2030. Le soutien de notre groupe est plutôt mitigé pour les raisons suivantes. D’abord, il convient de rappeler clairement que nous ne sommes absolument pas opposés à l’amélioration de la mobilité ferroviaire dans notre canton. Les besoins sont réels, la fréquentation progresse et le dynamisme régional appelle une réponse efficace. Personne ici ne met en cause l’importance d’un meilleur lien entre les pôles régionaux. Cependant, et à ce stade, le rapport coût/efficacité n’est pas démontré, avec des gains de temps modérés, un nombre de bénéficiaires limités et, au final, un seul gagnant clairement identifié, le pendulaire se rendant à Bâle. De plus, cette motion a un goût de réchauffé ressemblant étrangement à la motion no 1484a, transformée en postulat et déjà considérée comme réalisée.
Les documents des CFF et le rapport du Gouvernement sont clairs, l’introduction des trains rapides n’est pas envisageable avant 2030. Elle dépend de la réalisation du passage inférieur à Glovelier, non contestée ici, ainsi que la disponibilité du matériel roulant au plus tôt en 2029. Or, dans ce contexte où la Confédération applique désormais des règles de rentabilité strictes avec des coupes significatives dans le trafic régional, il devient délicat d’exiger des investissements qui ne sont pas alignés sur les critères fédéraux. Introduire une obligation politique forte dans un tel contexte, c’est risquer de créer un décalage entre nos volontés régionales et les intentions de planification nationale, au détriment peut-être du projet lui-même. Il faut également s’interroger sur la portée d’un texte qui met en avant une seule ligne de manière isolée.
Dans un système ferroviaire fondé sur l’équité d’accès, la stabilité du réseau, la cohérence des offres régionales, imposer une priorité unique peut être perçue comme une démarche régionaliste, ce qui pourrait être contre-productif lorsque nous devons défendre d’autres projets ou préserver des prestations menacées dans notre canton. Le risque est réel, ce qui serait obtenu d’un côté pourrait être perdu ailleurs, surtout dans le contexte budgétaire actuel. Le passage inférieur de Glovelier n’est pas une seule infrastructure ferroviaire, c’est une composante essentielle au développement de la zone d’activité micro-régionale. Ce projet repose sur une collaboration étroite entre le Canton, ça a été rappelé par le ministre, les CFF et les partenaires économiques. Une motion aussi contraignante, alors même qu’un mandat d’étude conjoint est en cours, risque de rigidifier le dialogue et potentiellement de retarder le projet alors qu’il constitue une condition indispensable pour les futures liaisons rapides.
Selon le rapport du Gouvernement à la suite du postulat no 1484a, les études progressent, la faisabilité est confirmée sous condition et les travaux préparatoires sont en planification, autrement dit, le train est déjà sur les rails. Un postulat aurait été l’outil approprié pour obtenir des clarifications supplémentaires, mais c’est précisément ce qu’a fait le Gouvernement, et il y a répondu positivement, encore merci à son auteur. La motion à ce stade n’apporte aucune valeur ajoutée si ce n’est le risque de perturber un processus déjà bien en place.
En conclusion, pour toutes ces raisons, même si nous partageons la volonté d’améliorer la mobilité régionale et de renforcer la liaison, y compris entre Delémont et Porrentruy, nous estimons que cette motion n’est pas l’outil approprié et qu’elle risque d’être contre-productive dans le contexte technique, financier et politique. Ainsi, le groupe socialiste est relativement partagé mais laissera la liberté de vote.