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Samuel Rohrbach · Le Centre

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Kantonsparlament (JU)15/12/2021

M. Samuel Rohrbach (PDC) : Je prends aujourd'hui la parole au nom de mon groupe, mais avec le regard d'un enseignant de français qui espère pouvoir, dans quelques temps utiliser ces nouveaux moyens d'enseignement mais aussi le regard d'un membre de la commission pédagogique de la CIIP, commission qui a pour mandat de suivre et de préaviser l'édition des moyens d'enseignement romand. Je connais donc bien ce sujet. La motion de notre collègue cherche à empêcher la mise en oeuvre d'une décision de la CIIP décision de ce printemps concernant les moyens d'enseignement romand. Cette décision comporte 2 aspects ou thèmes pour ne pas dire thématique, la prise en compte de 14 principes de l'orthographe rectifiée de 1990 ainsi qu'une sensibilisation au langage épicène et non pas l'écriture inclusive. Concernant la sensibilisation au langage épicène, je me permets quelques précisions. On ne veut pas d'une écriture inclusive, donc pas de points médians ou de tirets encore moins alourdir les phrases. Les formulations ne rendront en aucun cas la lecture, la compréhension et les apprentissages plus difficiles. Il ne s'agit donc pas d'une complexification. On veut proposer des formulations qui respectent la diversité et assurent une certaine égalité des genres, par exemple : la doctoresse et l'infirmier parlent du patient et non pas le docteur et l'infirmière. Les images et les représentations, les textes d'auteurs devront aussi être équilibrés, on va essayer de tendre à cet équilibre dans ces moyens d'enseignement. On va essayer de ne pas utiliser une écriture discriminante. On ne parle pas de la plus belle liste de tout à l'heure, mais on va plutôt dire, par exemple, pour l'accord des adjectifs, l'accord se fait au masculin au lieu de, l'accord, le masculin prime sur le féminin. Ce sont des nuances mais on va éduquer nos élèves avec ces nuances, mettre en place dans les écoles des programmes d'éducation à l'égalité, comme cela se fait actuellement et est nécessaire, c'est bien, mais il faut sensibiliser les élèves dès leur plus jeune âge et cela sera beaucoup plus porteur sur la durée. Concernant les 14 principes de l'orthographe rectifiée, je l'ai dit, ils existent depuis 1990. Ils sont appliqués dans les dictionnaires et dans des moyens d'enseignement français. Par exemple, au niveau des dictionnaires, la 92e édition du dictionnaire de l'Académie française les prend en compte, le dictionnaire d'orthographe et de difficultés du français, édité en 2010 par le Robert, les prend en compte, le nouveau petit Robert de 2007, le petit Larousse illustré depuis 2012 et puis pas des moindres, le dictionnaire officiel du Scrabe, 6e édition de 2011. Les principes sont simples, je ne vais pas vous les citer, mais je vais reprendre qu'un dernier qui devrait intéresser les amoureux de la langue française comme moi. On va franciser les mots empruntés à d'autres langues en mettant des accents comme pour médias ou alors en mettant les marques du pluriel comme coatchs. Au revoir les anglicismes. Il n'y a rien de révolutionnaire.

En plus, cela ne concerne que peu de mots. Une étude belge de 2010 montre qu'en moyenne, tous types de textes confondus, on a 3,8 mots sur 1'000 qui seront rectifiés.

Les principes de l'orthographe rectifiée rendent la langue plus cohérente en renforçant les règles, tout en supprimant des exceptions qui ne sont plus justifiables. Il s'agit de faciliter la graphie de la prononciation et donc faciliter la compréhension des textes et bien sûr l'enseignement.

C'est aussi privilégier le raisonnement par rapport à la mémorisation d''exceptions, bijoux, cailloux et autres poux et avoir une ligne claire pour les enseignants et les élèves.

La motion dit dans son texte, je lis : il n'appartient en effet pas à l'Etat de définir le savoir mais de le transmettre, respectivement le promouvoir. Comme le dit la loi jurassienne relative à l'usage de la langue française, l'Etat assure un enseignement qui permet la maîtrise et suscite l'amour de la langue française. Pas plus notre Constitution que celle des autres cantons romands, ne confie à l'Etat la mission de définir le contenu d'une des langues nationales ou d'en modifier les règles. L'amour d'une langue passe par sa compréhension, compréhension qui sera plus simple pour les élèves avec ces 14 principes. Il ne s'agit pas aujourd'hui de modifier les règles. Elles sont déjà définies, modifiées et admises par le Conseil de la langue française et l'Académie. La CIIP ne définit en aucune façon le savoir. Elle décide de ce qui doit être enseigné en s'appuyant sur une définition raisonnable de l'orthographe proposée par le Conseil supérieur de la langue française. Donc, elle la transmets et l'a promeut dans le domaine de compétence qu'est le sien. Cela dit, l'orthographe n'est pas à proprement parler un savoir, au même titre, par exemple, que les lois de la physique. C'est avant tout une convention sociale qui se traduit dans les usages et est régulée par l'Académie française et reprise par les dictionnaires et les correcteurs orthographique. L'orthographe est un outil au service de la langue. Elle a évolué, subissant en particulier de très nombreuses modifications entre le 17e et le 19e siècle. Elle va encore évoluer. Si vous prenez le mot "nénuphar", on l'écrivait sans accent avec "f", puis en 1762 avec un accent et puis en 1935, on a mis "ph", alors que l'origine du mot est arabe et c'est un "f". Intégrer les principes de l'orthographe rectifiée, c'est tenir compte de cette évolution en faisant un choix pédagogique de préposer aux élèves une orthographe renforcée puisqu'elle diminue les incohérences et les exceptions non justifiées.

La CIIP, cela a été dit, a agi dans le strict périmètre des compétences qui lui sont conférées. De plus, cela a été dit, plusieurs associations comme la Fédération des associations de parents d'élèves de Suisse romande et du Tessin, la Conférence latine des directeurs ou encore le Syndicat des enseignantes et des enseignants de Suisse romande qui représentent aussi notre société soutiennent ce projet. Concernant le report demandé ,cela a déjà été demandé, notre ministre l'a dit, à l'assemblée plénière de la CIIP. Les autres cantons, lors d'une discussion démocratique ne sont pas entrés en matière. Donc, si on persiste, le Jura fera cavalier seul, il devra trouver les manuels de son côté, ce qui va engendrer des coûts supplémentaires en plus de ceux qui ont déjà été payés par notre canton. Le moyen pour le premier cycle est terminé, il attend d'être imprimé et il ne sera pas facile, je vous le dis, de trouver un manuel en adéquation avec le plan d'études romand. La recherche sur le marché des moyens d'enseignement francophone a déjà été faite et encore moins des moyens sans ces principes, puisque les principaux ouvrages existants du côté français, Nathan, Magnard ou Hachette, les intègre déjà.

Et bien sûr, si le Jura se retire de ces moyens, ça va mettre à mal la coordination romande qui est essentielle dans le domaine de la formation. Je le répète, pour terminer, il ne s'agit pas de simplifier le savoir car l'orthographe n'en est pas un, c'est une convention sociale. Voulez-vous vous prononcer sur le contenu des livres d'allemand, de maths, de géographie ?

Ces nouveaux moyens devraient arriver dans les classes romandes à partir de 2023. Les premiers élèves postuleront pour des places d'apprentissage 10 ans plus tard. Nous avons donc 12 ans pour assurer une bonne communication. Le groupe PDC-JDC refusera à l'unanimité cette motion.

Transcrição
ju.recapp.ch
Instituição
Kantonsparlament

Dados: OpenParlData · CC BY 4.0